Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/249

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un seul coup, & saisi d’effroi, il le laisse tomber en poussant un grand cri.

Dieux ! je sens la chair palpitante repousser le ciseau !…

Il redescend tremblant & confus.

… Vaine terreur, fol aveuglement !… Non… je n’y toucherai point ; les Dieux m’épouvantent. Sans doute elle est déjà consacrée à leur rang.

Il la considere de nouveau.

Que veux-tu changer ? regarde ; quels nouveaux charmes veux-tu lui donner ?… Ah ! c’est sa perfection qui fait son défaut… Divine Galathée ! moins parfaite, il ne te manqueroit rien…

Tendrement.

Mais il te manque une ame : ta figure ne peut s’en passer.

avec plus d’attendrissement encore.

Que l’ame faite pour animer un tel corps doit être belle !

Il s’arrête long-tems. Puis retournant s’asseoir, il dit d’une voix lente & changée.

Quels desirs osé-je former ? Quels vœux insensés ! qu’est-ce que je sens ?… Ô ciel ! le voile de l’illusion tombe, & je n’ose voir dans mon cœur : j’aurois trop à m’en indigner.

Longue pause dans un profond accablement.

… Voilà donc la noble passion qui m’égare ! c’est donc pour cet objet inanimé que je n’ose sortir d’ici !… un marbre ! une pierre ! une masse informe & dure, travaillée avec ce fer !….. Insensé, rentre en toi-même ; gémis sur toi ; vois ton erreur, vois ta folie.

… mais non…