Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/250

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Impétueusement.

Non, je n’ai point perdu le sens ; non, je n’extravague point ; non, je ne me reproche rien. Ce n’est point de ce marbre mort que je suis épris, c’est d’un être vivant qui lui ressemble ; c’est de la figure qu’il offre à mes yeux. En quelque lieu que soit cette figure adorable, quelque corps qui la porte, & quelque main, qui l’ait faite, elle aura tous les vœux de mon cœur. Oui, ma seule folie est de discerner la beauté, mon seul crime est d’y être sensible. Il n’y a rien là dont je doive rougir.

Moins vivement, mais toujours avec passion.

Quels traits de feu semblent sortir de cet objet pour embrâser mes sens, & retourner avec mon ame à leur source ! Hélas ! il reste immobile & froid, tandis que mon cœur embrâsé par ses charmes, voudroit quitter mon corps pour aller échauffer le sien. Je crois dans mon délire pouvoir m’élancer hors de moi ; je crois pouvoir lui donner ma vie & l’animer de mon ame. Ah que Pygmalion meure pour vivre dans Galathée !… Que dis-je, ô Ciel ! Si j’étois elle je ne la verrois pas, je ne serois pas celui qui l’aime ! Non, que ma Galathée vive, & que je ne sois pas elle. Ah ! que je sois toujours un autre, pour vouloir toujours être elle, pour la voir, pour l’aimer, pour en être aime…

Transport.

Tourmens, vœux, desirs, rage, impuissance, amour terrible, amour funeste… oh ! tout l’enfer est dans mon cœur agité… Dieux puissans, Dieux bienfaisans ; Dieux du peuple, qui con-