Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/26

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est l’origine des systèmes absurdes des Leucippe, des Diogene, des Pyrrhon, des Protagore, des Lucrece. Les Hobbes, les Mandeville & mille autres ont affecte de se distinguer même parmi nous ; & leur dangereuse doctrine à tellement fructifie, que quoiqu’il nous reste de vrais Philosophes, ardens à rappeller dans nos cœurs les loix de l’humanité & de la vertu, on est épouvante de voir jusqu’a quel point notre siecle raisonneur à pousse dans les maximes le mépris de l’homme & du citoyen.

Le goût des lettres, de la philosophie & des beaux-arts, anéantit l’amour de nos premiers devoirs & de la véritable gloire. Quand une fois les talens ont envahi les honneurs dus à la vertu, chacun veut être un homme agréable, & nul ne se soucie d’être homme de bien. De-la naît encore cette autre inconséquence qu’on ne recompense dans les hommes que les qualités qui ne dépendent pas d’eux : car nos talens naissent avec nous, nos vertus seules nous appartiennent.

Les premiers & presque les uniques soins qu’on donne à notre éducation, sont les fruits & les semences de ces ridicules préjuges. C’est pour nous enseigner les Lettres qu’on tourmente notre misérable jeunesse : nous savons toutes les regles de la grammaire avant que d’avoir oui parler des devoirs de l’homme : nous savons tout ce qui