Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/27

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s’est fait jusqu’a présent avant qu’on nous ait dit un mot de ce que nous devons faire ; & pourvu qu’on exerce notre babil, personne se soucie que nous sachions agir ni penser. En un mot, il n’est prescrit d’être savant que dans les choses qui ne peuvent nous servir de rien ; & nos enfans sont précisément élevés comme les anciens athlètes des jeux publics, qui, destinant leurs membres robustes à un exercice inutile & superflu, se gardoient de les employer jamais à aucun travail profitable.

Le goût des Lettres, de la philosophie & des beaux :-arts, amollit les corps & les ames. Le travail du cabinet rend les hommes délicats, affoiblit leur tempérament, & l’ame garde difficilement sa vigueur quand le corps a perdu la sienne. L’étude use la machine, épuise les esprits, détruit la force, énerve le courage, & cela seul montre assez qu’elle n’est pas faite pour nous : c’est ainsi qu’on devient lâche & pusillanime, incapable de résister également à la peine & aux passions. Chacun fait combien les habitans des villes sont peu propres à soutenir les travaux de la guerre, & l’on n’ignore pas quelle est la réputation des gens de lettres en fait de bravoure. *

[*Voici un exemple moderne pour ceux qui me reprochent de n’en citer que d’anciens. La République de Genes, cherchant à subjuguer plus aisément les Cortes, n’a pas trouve de moyen plus sur que d’établir chez eux une Académie. Il ne me seroit pas difficile d’alonger cette Note ; mais ce seroit faire tort à l’intelligence des seuls Lecteurs dont je me soucie.]