Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/308

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chiffres n’ont rien dans leurs figures qui réponde à leurs différentes valeurs, proposeroit d’établir entr’eux une certaine grosseur relative, & proportionnelle aux nombres qu’ils expriment. Le deux, par exemple, seroit du double plus gros que l’unité, le trois de la moitie plus gros que le deux, & ainsi de suite. Les défenseurs de ce système me ne manqueroient pas de vous prouver qu’il est très-avantageux dans l’Arithmétique d’avoir sous les yeux des caracteres uniformes qui, sans aucune différence par la figure, n’en auroient que par la grandeur, & peindroient, en quelque sorte aux yeux les rapports dont seroient l’expression.

Au reste : cette connoissance oculaire des hauts, des bas, & des intervalles est si nécessaire dans la Musique, qu’il n’y à personne qui ne sente le ridicule de certains projets qui été quelquefois donnes pour noter sur une seule ligne, par les caracteres les plus bizarres, les plus mal imagines, & les moins analogues à leur signification ; des queues tournée sa droite, à gauche, en haut, en bas, & de biais, dans tous les sens, pour représenter des ut des re, des mi,&c. Des têtes & des queues différemment situées pour répondre aux dénominations, pa, ra, ga, so, bo, lo, do, ou d’autres signes tout aussi singulièrement appliques. On sent d’abord que tout cela ne dit rien aux yeux & n’à nul rapport à ce qu’il doit signifier, & j’ose dire que les hommes ne trouveront jamais de caracteres convenables ni naturels que les seuls chiffres pour exprimer les sons & tous leurs rapports. On en connoîtra mille sons les raisons dans le cours de cette lecture ; en attendant, il suffit de remarquer que les chiffres étant l’expression