Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/422

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la syntaxe, la premiere langue, si elle existoit encore, n’eût gardé des caractères originaux qui la distingueroient de toutes les autres. Non-seulement tous les tours de cette langue devoient être en images, en sentimens, en figures ; mais dans sa partie mécanique elle devroit répondre à son premier objet, & présenter aux sens, ainsi qu’à l’entendement, les impressions presque inévitables de la passion qui cherche à se communiquer.

Comme les voix naturelles sont inarticulées, les mots auroient peu d’articulations ; quelques consonnes interposées, effaçant l’hiatus des voyelles, suffiroient pour les rendre coulantes & faciles à prononcer. En revanche les sons seroient très-variés, & la diversité des accens multiplieroit les mêmes voix ; la quantité le rhythme, seroient de nouvelles sources de combinaisons ; en sorte que les voix, les sons, l’accent, le nombre, qui sont de la nature, laissant peu de chose à faire aux articulations, qui sont de convention, l’on chanteroit au lieu de parler ; la plupart des mots radicaux seroient des sons imitatifs ou de l’accent des passions, ou de l’effet des objets sensibles : l’onomatopée s’y feroit sentir continuellement.

Cette langue auroit beaucoup de synonymes pour exprimer le même être par ses différens rapports (*) ; elles auroit peu d’adverbes & de mots abstraits pour exprimer ces mêmes rapports. Elle auroit beaucoup d’augmentatifs, de diminutifs, de mots composés, de particules explétives pour donner de


(*) On dit que l’arabe a plus de mille mots différens pour dire un chameau, plus de cent pour dire un glaive, &c.