Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/423

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la cadence aux périodes & de la rondeur aux phrases ; elle auroit beaucoup d’irrégularités & d’anomalies ; elle négligeroit l’analogie grammaticale pour s’attacher à l’euphonie, au nombre, à l’harmonie, & à la beauté des sons. Au lieu d’argumens elle auroit des sentences ; elle persuaderoit sans convaincre, & peindroit sans raisonner ; elle ressembleroit à la langue chinoise à certains égards ; à la grecque, à d’autres ; à l’arabe, à d’autres. Étendez ces idées dans toutes leurs branches, & vous trouverez que le Cratyle de Platon n’est pas si ridicule qu’il paroît l’être.


CHAPITRE V.

De l’Écriture

Quiconque étudiera l’histoire & le progrès des langues verra que plus les voix deviennent monotones, plus les consonnes se multiplient, & qu’aux accens qui s’effacent, aux quantités qui s’égalisent, on supplée par des combinaisons grammaticales & par de nouvelles articulations : mais ce n’est qu’à force de tems que se font ces changemens. À mesure que les besoins croissent, que les affaires s’embrouillent, que les lumieres s’étendent, le langage change de caractère ; il devient plus juste & moins passionné ; il substitue aux sentimens les idées, il ne parle plus au cœur, mais à la raison. Par là même l’accent s’éteint, l’articulation s’étend ; la langue devient plus exacte, plus claire, mais plus traînante,