Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/430

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commune ; mais celui qui parle varie les acceptions par les tons, il les détermine comme il lui plaît ; moins gêné pour être clair, il donne plus à la force ; & il n’est pas possible qu’une langue qu’on écrit garde long-tems la vivacité de celle qui n’est que parlée. On écrit les voix & non pas les sons : or, dans une langue accentuée, ce sont les sons, les accens, les inflexions de toute espèce, qui font la plus grande énergie du langage, & rendent une phrase, d’ailleurs commune, propre seulement au lieu où elles est. Les moyens qu’on prend pour suppléer à celui-là étendent, allongent la langue écrite, et, passant des livres dans le discours, énervent la parole même. En disant tout comme on l’écrirait, on ne fait plus que lire en parlant.


CHAPITRE VI

S’il est probable qu’Homère ait su écrire.

QUOI qu’on nous dise de l’invention de l’alphabet grec, je la crois beaucoup plus moderne qu’on ne la fait, & je fonde principalement cette opinion sur le caractère de la langue. Il m’est venu bien souvent dans l’esprit de douter, non-seulement qu’Homère sût écrire, mais même qu’on écrivît de


Le meilleur de ces moyens, et qui n’aurait pas ce défaut, serait la ponctuation, si on l’eût laissé moins imparfaite. Pourquoi, par exemple, n’avons-nous pas de point vocatif ? Le point interrogant, que nous avons, était beaucoup moins nécessaire ; car, par la seule construction, on voit si l’on