Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/432

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Or, ces deux poëmes étant postérieurs au siège de Troie, il n’est gueres apparent que les Grecs qui firent ce siège connussent l’écriture, & que le poëte qui le chanta ne la connût pas. Ces poëmes resterent long-tems écrits seulement dans la mémoire des hommes ; ils furent rassemblés par écrit assez tard & avec beaucoup de peine. Ce fut quand la Grèce commença d’abonder en livres & en poésie écrite, que tout le charme de celle d’Homère se fit sentir par comparaison. Les autres poëtes écrivoient, Homère seul avoit chanté ; & ces chants divins n’ont cessé d’être écoutés avec ravissement, que quand l’Europe s’est couverte de barbares qui se sont mêlés de juger ce qu’ils ne pouvoient sentir.


CHAPITRE VII

De la Prosodie moderne.

NOUS n’avons aucune idée d’une langue sonore & harmonieuse, qui parle autant par les sons que par les voix. Si l’on croit suppléer à l’accent par les accens, on se trompe : on n’invente les accens que quand l’accent est déjà perdu. Il y a plus ; nous croyons avoir des accens dans


Quelques savans prétendent, contre l’opinion commune et contre la preuve titrée de tous les anciens manuscrits, que les Grecs ont connu et pratiqué dans l’écriture les signes appelés accens, et ils fondent cette opinion sur deux passages que je vais transcrire l’un et l’autre afin que le lecteur puisse juger de leur vrai sens.

Voici le premier, tiré de Cicéron,