Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/460

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doivent parler arabe ou persan. Nos langues valent mieux écrites que parlées, & l’on nous lit avec plus de plaisir qu’on ne nous écoute. Au contraire, les langues orientales écrites perdent leur vie & leur chaleur : le sens n’est qu’à moitié dans les mots, toute sa force est dans les accens ; juger du génie des Orientaux par leurs livres, c’est vouloir peindre un homme sur son cadavre.

Pour bien apprécier les actions des hommes il faut les prendre dans tous leurs rapports, & c’est ce qu’on ne nous apprend point à faire : quand nous nous mettons à la place des autres, nous nous y mettons toujours tels que nous sommes modifiés, non tels qu’ils doivent l’être ; & quand nous pensons les juger sur la raison, nous ne faisons que comparer leurs préjugés aux nôtres. Tel, pour savoir lire un peu d’arabe, sourit en feuilletant l’Alcoran, qui, s’il eût entendu Mahomet l’annoncer en personne dans cette langue éloquente & cadencée, avec cette voix sonore & persuasive qui séduisoit l’oreille avant le cœur, & sans cesse animant ses sentences de l’accent de l’enthousiasme, se fût prosterné contre terre en criant : Grand prophète, envoyé de Dieu, menez-nous à la gloire, au martyre ; nous voulons vaincre ou mourir pour vous. Le fanatisme nous paroît toujours risible, parce qu’il n’a point de voix parmi nous pour se faire entendre. Nos fanatiques même ne sont pas de vrais fanatiques ; ce ne sont que des fripons ou des fous. Nos langues, au lieu d’inflexions pour des inspirés, n’ont que des cris pour des possédés du Diable.


Le turc est une langue septentrionale.