Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/467

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& de goût pour raisonner de la sorte, & borner stupidement au physique de son art le plaisir que nous fait la peinture ? Que dirions-nous du musicien qui, plein de préjugés semblables, croiroit voir dans la seule harmonie la source des grands effets de la musique ? Nous enverrions le premier mettre en couleur des boiseries, & nous condamnerions l’autre à faire des opéra françois.

Comme donc la peinture n’est pas l’art de combiner des couleurs d’une maniere agréable à la vue, la musique n’est pas non plus l’art de combiner des sons d’une maniere agréable à l’oreille. S’il n’y avoit que cela, l’une & l’autre seroient au nombre des sciences naturelles & non pas des beaux-arts. C’est l’imitation seule qui les élève à ce rang. Or, qu’est-ce qui fait de la peinture un art d’imitation ? c’est le dessin. Qu’est-ce qui de la musique en fait un autre ? C’est la mélodie.


CHAPITRE XIV

De l’Harmonie.

LÀ beauté des sons est de la nature ; leur effet est purement physique ; il résulte du concours des diverses particules d’air mises en mouvement par le corps sonore, & par toutes ses aliquotes, peut-être à l’infini : le tout ensemble donne une sensation agréable. Tous les hommes de l’univers prendront plaisir à écouter de beaux sons ; mais si ce plaisir n’est animé par des inflexions mélodieuses qui leur soient familieres,