Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/468

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il ne sera point délicieux, il ne se changera point en volupté. Les plus beaux chants, à notre gré, toucheront toujours médiocrement une oreille qui n’y sera point accoutumée ; c’est une langue dont il faut avoir le dictionnaire.

L’harmonie proprement dite est dans un cas bien moins favorable encore. N’ayant que des beautés de convention, elle ne flatte à nul égard les oreilles qui n’y sont pas exercées ; il faut en avoir une longue habitude pour la sentir & pour la goûter. Les oreilles rustiques n’entendent que du bruit dans nos consonnances. Quand les proportions naturelles sont altérées, il n’est pas étonnant que le plaisir naturel n’existe plus.

Un son porte avec lui tous ses sons harmoniques concomitans, dans les rapports de force & d’intervalles qu’ils doivent avoir entre eux pour donner la plus parfaite harmonie de ce même son. Ajoutez-y la tierce ou la quinte ou quelque autre consonnance ; vous ne l’ajoutez pas, vous la redoublez ; vous laissez le rapport d’intervalle, mais vous altérez celui de force. En renforçant une consonnance & non pas les autres, vous rompez la proportion ; en voulant faire mieux que la nature, vous faites plus mal. Vos oreilles & votre goût sont gâtés par un art malentendu. Naturellement il n’y a point d’autre harmonie que l’unisson.

M. Rameau prétend que les dessus d’une certaine simplicité suggerent naturellement leurs basses, & qu’un homme ayant l’oreille juste & non exercée entonnera naturellement cette basse. C’est là un préjugé de musicien, démenti par toute expérience. Non-seulement celui qui n’aura jamais entendu ni