Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/472

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pas ébranlés de même ? ou pourquoi ces mêmes ébranlemens affectent-ils tant les uns & si peu les autres ?

On cite en preuve du pouvoir physique des sons la guérison des piqûres des Tarentules. Cet exemple prouve tout le contraire. Il ne faut ni des sons absolus ni les mêmes airs pour guérir tous ceux qui sont piqués de cet insecte ; il faut à chacun d’eux des airs d’une mélodie qui lui soit connue & des phrases qu’il comprenne. Il faut à l’Italien des airs italiens ; au Turc, il faudroit des airs turcs. Chacun n’est affecté que des accens qui lui sont familiers ; ses nerfs ne s’y prêtent qu’autant que son esprit les y dispose : il faut qu’il entende la langue qu’on lui parle, pour que ce qu’on lui dit puisse le mettre en mouvement. Les cantates de Bernier ont, dit-on, guéri de la fièvre un musicien françois, elles l’auroient donnée à un musicien de toute autre nation.

Dans les autres sens, & jusqu’au plus grossier de tous, on peut observer les mêmes différences. Qu’un homme, ayant la main posée & l’œil fixé sur le même objet, le croie successivement animé & inanimé, quoique les sens soient frappés de même, quel changement dans l’impression ! La rondeur, la blancheur, la fermeté, la douce chaleur, la résistance élastique, le renflement successif, ne lui donnent plus qu’un toucher doux mais insipide, s’il ne croit sentir un cœur plein de vie palpiter & battre sous tout cela.

Je ne connais qu’un sens aux affections duquel rien de moral ne se mêle : c’est le goût. Aussi la gourmandise n’est-elle jamais le vice dominant que des gens qui ne sentent rien.

Que celui donc qui veut philosopher sur la force des sen-