Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/476

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en lui-même il n’est rien de tout cela. Dans le système harmonique, un son quelconque n’est rien non plus naturellement ; il est ni tonique, ni dominant, ni harmonique, ni fondamental, parce que toutes ces propriétés ne sont que des rapports, & que le système entier pouvant varier du grave à l’aigu, chaque son change d’ordre & de place dans le système, selon que le système change de degré. Mais les propriétés des couleurs ne consistent point en des rapports. Le jaune est jaune, indépendant du rouge & du bleu ; partout il est sensible & reconnaissable ; & si-tôt qu’on aura fixé l’angle de réfraction qui le donne, on sera sûr d’avoir le même jaune dans tous les tems.

Les couleurs ne sont pas dans les corps colorés, mais dans la lumiere ; pour qu’on voie un objet, il faut qu’il soit éclairé. Les sons ont aussi besoin d’un mobile, & pour qu’ils existent, il faut que le corps sonore soit ébranlé. C’est un autre avantage en faveur de la vue, car la perpétuelle émanation des astres est l’instrument naturel qui agit sur elle : au lieu que la nature seule engendre peu de sons ; & à moins qu’on n’admette l’harmonie des sphères célestes, il faut des êtres vivans pour la produire.

On voit par-là que la peintre est plus près de la nature, & que la musique tient plus à l’art humain. On sent aussi que l’une intéresse plus que l’autre, précisément parce qu’elle rapproche plus l’homme de l’homme & nous donne toujours quelque idée de nos semblables. La peinture est souvent morte & inanimée ; elles vous peut transporter au fond d’un désert : mais si-tôt que des signes vocaux frappent votre oreille, ils