Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/513

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que moins servilement préparées que les nôtres, se rendent s agréables, en se rendant plus sensibles, & sans donner la dureté au chant, ajoutent une vive énergie a l’expression. C’est par elle que le Musicien, passant brusquement d’un ton ou d’un mode à un autre, & supprimant quand il le faut transitions intermédiaires & scholastiques, fait exprimer les réticences, les interruptions, les discours entre-coupes qui sont le langage des passions impétueuses, que le bouillant Métastase a employé si souvent, que les Porpora, les Galuppi, Cocchi, les Jumella, les Perez, les Terradeglias ont su rendre avec succès, & que nos Poetes lyriques connoissent aussi peu que nos Musiciens.

Le troisieme avantage & celui qui prête a la mélodie son plus grand effet, est l’extrême précision de mesure qui s’y fait sentir dans les mouvemens les plus lents, ainsi que, dans les plus gais ; précision qui rend le chant anime & intéressant, les accompagnemens vifs & cadences, qui multiplie réellement les chants, en faisant d’une même combinaison de sons, autant de différentes mélodies qu’il y a de manieres de les scander ; qui porte au cœur tous les sentimens, & à l’esprit tous les tableaux ; qui donne au Musicien le moyen de mettre en air tous les caracteres de paroles imaginables, plusieurs dont nous n’avons pas même l’idée,*

[*Pour ne pas sortir du genre comique, le seul connu à l’airs, voyez les airs, Quando sciolto avro il contratto, &c. Io o un vespajo, &c. 0 questo o quello t’ai a risolvere, &c. À un gusto da stordire, &c. Stizzoso mio, stizzoso, &c. Io sono una Donaella, &c. I Sbirri gia lo aspettano, &c. Ma dunquc il testamento, &c. Senti rne, se brami stare, o che risa, che piacere, &c.tous caractères d’airs dont la Musique Françoise n’a pas les premiers élémens, & dont elle n’est pas en etat d’exprimer un seul mot ] & qui rend