Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/527

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accords, pourront, même en augmentant l’harmonie, affoiblir mutuellement leur effet, le combattre, ou le partager. Si tout l’effet d’une quinte m’est nécessaire pour l’expression dont j’ai besoin, je peux risquer d’affoiblir cette expression par un troisieme son, qui divisant cette quinte en deux autres intervalles ; en modifiera nécessairement l’effet par celui des deux tierces, dans lesquelles je la résous ; & ces tierces mêmes, quoique le tout ensemble fasse une fort bonne harmonie, étant de différente espece, peuvent encore nuire mutuellement à l’impression l’une de l’autre. De même si l’impression simultanée de la quinte & des deux tierces m’etoit nécessaire, j’affoiblirois & j’altérerois mal à propos cette impression, en retranchant un des trois sons qui en forment l’accord. Ce raisonnement devient encore plus sensible, applique à la dissonance. Supposons que j’aye besoin de toute la dureté du triton, ou de toute la fadeur de la fausse-quinte ; opposition, pour le dire en passant, qui prouve combien les divers renversemens des accords en peuvent changer l’effet ; si dans une telle circonstance, au lieu de porter à l’oreille les deux uniques sons qui forment la dissonance, je m’avise de remplir l’accord de tous ceux qui lui conviennent, alors j’ajoute au triton la seconde & la sixte, & à la fausse-quinte la sixte & la tierce, c’est-à-dire, qu’introduisant dans chacun de ces accords une nouvelle dissonance, j’y introduis en même-tems trois consonnances, qui doivent nécessairement en tempérer & affoiblir l’effet, en rendant un de ces accords moins fade & l’autre moins dur. C’est donc un principe certain & fonde dans la nature, que toute Musique ou l’harmonie