Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/530

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au très-médiocre degré de bonté dont elle est susceptible, il faudra tôt ou tard commencer par redescendre ou remonter au point ou Lully l’avoit mise. Convenons que l’harmonie de ce célébré Musicien est plus pure & moins renversée, que ses Basses sont plus naturelles & marchent plus rondement, que son chant est mieux suivi, que ses accompagnemens moins charges naissent mieux du sujet & en sortent moins, que son récitatif est beaucoup moins maniere, & par conséquent beaucoup meilleur que le notre ; ce qui se confirme par le goût de l’exécution : car l’ancien récitatif etoit rendu par les Acteurs de ce tems-là tout autrement que nous ne faisons aujourd’hui ; il etoit plus vis & moins traînant on le chantoit moins, & on le déclamoit, davantage.*

[*Cela se prouve par la durée des Opéra de Lully, beaucoup plus grande aujourd’hui que de son tems, selon le rapport unanime de tous ceux qui les ont vus anciennement. Aussi toutes les fois qu’on redonne ces Opéra est -on oblige d’y faire des retranchemens considérables.] Les cadences, les ports-de-voix se sont multiplies dans le notre ; il est devenu encore plus languissant, & l’on n’y trouve presque plus rien qui le distingue de ce qu’il bous plaît d’appeller air.

Puisqu’il est question d’airs & de récitatifs, vous voulez bien, Monsieur, que je termine cette Lettre par quelques observations sur l’un & sur l’autre, qui deviendront peut-être des éclaircissemens utiles à la solution du problème dont il s’agit.

On peut juger de l’idée de nos Musiciens sur la constitution d’un Opéra, par la singularité de leur nomenclature. Ces