Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/543

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On voit qu’il y a ici une adroite réticence du Poete. Armide, après avoir dit qu’elle va percer l’invincible cœur de Renaut, sent dans le sien les premiers mouvemens de la pitié, ou plutôt de l’amour ; elle cherche des raisons pour se raffermir, & cette transition intellectuelle amene fort bien ces deux vers, qui sans cela se lieroient mal avec les procédons, & deviendroient une répétition tout-a-fait superflue de ce qui n’eut ignore ni de l’Actrice ni des Spectateurs.

Voyons, maintenant, comment le Musicien a exprime cette marche secrete du cœur d’Armide. Il a bien vu qu’il faloit mettre un intervalle entre ces deux vers & les précédens, & il a fait un silence qu’il n’a rempli de rien, dans un moment ou Armide avoit tant de choses a sentir, & par conséquent l’Orchestre, à exprimer. Après cette pause, il recommence exactement dans le même ton, sur le même accord, sur la même note par ou il vient de finir, passe successivement par tous les sons de l’accord durant une mesure entiere, & quitte enfin avec peine & dans un moment ou cela n’eut plus nécessaire, le ton autour duquel il vient de tourner si mal-à-propos.

Quel trouble me saisit ? Qui me fait hésiter ?

Autre silence, & puis c’est tout. Ce vers est dans le même ton, presque dans le même accord que le précédent. Pas une altération qui puisse indiquer le changement prodigieux qui se fait dans l’ame & dans les discours d’Armide. La tonique il est vrai, devient dominante par un mouvement de Basse. Eh Dieux ! il est bien question de tonique & de dominante dans un instant ou toute liaison harmonique doit être interrompue,