Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/544

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ou tout doit peindre le désordre & l’agitation ! D’ailleurs, une légère altération qui n’est que dans la Basse, peut donner plus d’énergie aux inflexions de la voix, mais jamais y suppléer. Dans ce vers, le cœur, les yeux, le visage, le geste d’Armide, tout est change, hormis sa voix : elle parle plus bas, mais elle garde le même ton.

Qu’est ce qu’en sa saveur la pitié me veut dire ? Frappons.

Comme ce vers peut être pris en deux sens differens, je ne veux pas chicaner Lully pour n’avoir pas préféré celui que j’aurois choisi. Cependant il est incomparablement plus vis, plus anime, & fait mieux valoir ce qui fuit. Armide, comme Lully la fait parler, continue à s’attendrir en s’en demandant la cause à elle-même

Qu’est-ce qu’en sa faveur la pitié me veut dire ?

Puis tout-d’un-coup elle revient à sa fureur par ce seul mot :

Frappons.

Armide indignée, comme je la conçois, après avoir hésité, rejette avec précipitation sa vaine pitié, & prononce vivement & tout d’une haleine en levant le poignard.

Qu’est ce qu’en sa saveur la pitié me veut dire ? Frappons.

Peut-être Lully même a-t-il entendu ainsi ce vers, quoiqu’il l’ait rendu autrement : car sa note décide si peu la déclamation, qu’on lui peut donner sans risque le sens que l’on aime mieux.