Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/563

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toniquement deux tétracordes disjoints, on aura précisément la nouvelle gamme ; c’est notre ancien Mode plagal, qui subsiste encore dans le Plain-chant ; c’est proprement un Mode mineur dont le diapason se prendroit, non d’une tonique à son octave, en passant par la dominante ; mais d’une dominante à son octave, en passant par la tonique ; & en effet, la tierce majeure que l’Auteur est obligé de donner à sa finale, jointe à la maniere d’y descendre par semi-ton, donne à cette tonique tout-à-fait l’air d’une dominante. Ainsi, si l’on pouvoit, de ce côté-là, disputer à M. Blainville le mérite de l’invention, on ne pourroit du moins lui disputer celui d’avoir ose braver, en quelque chose, la bonne opinion que notre siecle a de soi-même, & son mépris pour tous les autres âges en matiere de sciences & de goût.

Mais ce qui paroît appartenir incontestablement à M. Blainville, c’est l’harmonie qu’il affecte à un Mode institué dans des tems où nous avons tout lieu de croire qu’on ne connoissoit point l’harmonie, dans le sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot. Personne ne lui disputera, ni la science qui lui a suggéré de nouvelles progressions fondamentales, ni l’art avec lequel il l’a su mettre en œuvre pour ménager nos oreilles, bien plus délicates sur les choses nouvelles, que sur les mauvaises choses.

Dès qu’on ne pourra plus lui reprocher de n’avoir pas trouvé ce qu’il nous propose, on lui reprochera de l’avoir trouvé. On conviendra que sa découverte est bonne, s’il veut avouer qu’elle n’est pas de lui : s’il prouve qu’elle est de lui, on lui soutiendra qu’elle est mauvaise ; & il ne sera pas