Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/574

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je perds la nature de vue, l’arbitraire perce de toutes parts, le plaisir même de l’oreille est l’ouvrage, de l’habitude ; & de quel droit l’harmonie, qui ne peut se donner a elle-même un fondement naturel, voudroit-elle être celui de la qui fit des prodiges deux mille ans avant qu’il fut d’harmonie & d’accords ?

Qu’une marche consonnante & régulière de Basse-fondamentale engendre des harmoniques qui procèdent diatoniquement & forment entr’eux une sorte de chant, cela se connoit & peut s’admettre. On pourroit même renverser cette génération, & comme, selon M. Rameau, chaque son n’a pas seulement la puissance d’ébranler ses aliquotes au-dessus, mais ses multiples en-dessous, le simple chant pourroit engendrer une sorte de Basse, comme la Basse engendre une sorte de chant, & cette génération seroit aussi naturelle que celle du mode mineur ; mais je voudrois demander a M. Rameau deux choses : l’une, si ces sons ainsi engendres sont ce qu’il appelle mélodie, & l’autre, si c’est ainsi qu’il trouve la sienne, ou s’il pense même que jamais personne en ait trouve de cette maniere ? Puissions-nous préserver nos oreilles de toute Musique dont l’Auteur commencera par établir une belle Basse-fondamentale ; & pour nous mener savamment de dissonance en dissonance, changera de ton ou de mode a chaque note, entassera sans cesse accords sur accords, sans songer aux accens d’une mélodie simple, naturelle & passionnée, qui ne tire pas, son expression des progressions de la Baisse, mais inflexions que le sentiment donne a la voix !

Non, ce n’est point la sans doute ce que M. Rameau veut