Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/608

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premier acte est le plus fort de Musique & le dernier le plus foible, ce qui est directement contraire a la bonne gradation du Drame, ou l’intérêt doit toujours aller en se renforçant. Je conviens que le grand pathétique du premier acte seroit hors de place dans les suivans, mais les forces de la Musique ne sont pas exclusivement dans le pathétique, mais dans l’énergie de tous les sentimens, & dans la vivacité de tous les tableaux. Par-tout ou l’intérêt est plus vis, la Musique doit être plus animée, & ses ressources ne sont pas moindres dans les expressions brillantes & vives, que dans les gémissemens & les pleurs.

Je conviens qu’il y a plus ici de la faute du Poete que du Musicien ; mais je n’en crois pas celui-ci tout-a-fait disculpe. Ceci demande un peu d’explication.

Je ne connois point d’Opéra, ou les passions soient moins variées que dans l’Alceste ; tout y roule presque sur deux seuls sentimens, l’affliction & l’effroi ; & ces deux sentimens toujours prolonges, ont du coûter des peines incroyables au Musicien, pour ne pas tomber dans la plus lamentable monotonie. En général, plus il y a de chaleur dans les situations, & dans les expressions, plus leur passage doit être prompt & rapide, sans quoi la force de l’émotion se ralentit dans les Auditeurs, & quand la mesure est passée, l’Acteur a beau continuer de se démener, le spectateur s’attiédit, se glace, : & finit par s’impatienter.

Il résulté de ce défaut que l’intérêt, au lieu de s’échauffer par degrés dans la marche de la piece, s’attiédit au contraire jusqu’au dénouement qui, n’en déplaise a Euripide lui-même, est froid, plat & presque risible a force du simplicité.