Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/612

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ont peu d’analogie entr’eux ; on affecte l’oreille d’intervalles déchirans, & l’ame d’idées rapides & vives, capables de la troubler.

L’harmonie diatonique n’est nulle part déplacée, elle est propre a tous les caracteres, a l’aide du rhythme & de la mélodie, elle peut suffire a toutes les expressions ; elle est nécessaire aux deux autres harmonies, & toute Musique ou elle n’entreroit point, ne pourroit jamais être qu’une Musique détestable.

L’harmonie chromatique entre de même dans l’harmonie pathétique ; mais elle peut fort bien s’en passer & rendre, quoiqu’a son défaut, peut-être plus foiblement les expressions les plus pathétiques. Ainsi, par la succession ménagée de ces trois harmonies, le Musicien peut graduer & renforcer les sentimens de même genre que le Poete a soutenus trop longtems au même degré d’énergie.

Il a pour cela, une seconde ressource dans la mélodie, & sur-tout dans sa cadence diversement scandée par le rhythme. Les mouvemens extrêmes de vitesse & de lenteur, les mesures contractées, les valeurs inégales, mêlées de lenteur & de rapidité ; tout cela peut de même se graduer pour soutenir & ranimer l’intérêt & l’attention. Enfin, l’on a le plus ou moins de bruit & d’éclat, l’harmonie plus ou moins pleine, les silences de l’Orchestre, dont le perpétuel fracas seroit accablant pour l’oreille, quelques beaux qu’en pussent être les effets.

Quant au rhythme, en quoi consiste la plus grande force de la Musique, il demande un grand Art pour être heureusement