Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/632

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& dans la succession des accords, mais dans les idées qu’ils excitent ; & dont les plus grands ou moindres rapports, si peu connus des Musiciens, sont pourtant, sans qu’ils s’en doutent, la source de toutes les expressions qu’ils ne trouvent que par instinct.

Le morceau dont il s’agit est en mi bémol majeur, & une chose digne d’être observée est que cet admirable morceau est, autant que je puis me le rappeller, tout entier dans le même ton, ou du moins si peu module que l’idée du ton principal ne s’efface pas un moment. Au reste, n’ayant plus ce morceau sous les yeux & ne m’en souvenant qu’imparfaitement, je n’en puis parler qu’avec doute.

D’abord ce nò des furies, frappe & réitéré de tems a autre pour toute réponse, est une des plus sublimes inventions en ce genre que je connoisse, & si peut-être elle est due au Poete, il faut convenir que le Musicien l’a saisie de maniere a se l’approprier. J’ai oui dire que dans l’exécution de cet Opéra l’on ne peut s’empêcher de frémir a chaque fois que ce terrible nò se répete, quoi qu’il ne soit chante qu’a l’unisson ou a l’octave, & sans sortir dans son harmonie de l’accord parfait jus’qu’au passage dont il s’agit. Mais au moment qu’on s’y attend le moins, cette dominante diésée forme un glapissement affreux auquel l’oreille & le cœur ne peuvent tenir, tandis que dans le même instant, le chant d’Orphée redouble de douceur & de charme, & ce qui met le comble à l’étonnement est qu’en terminant ce court passage, on se retrouve dans le même ton par ou l’on vient d’y entrer, sans qu’on puisse presque comprendre comment on a pu nous transporter