Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/633

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si loin & nous ramener si proche avec tant de force & de rapidité.

Vous aurez peine a croire que toute cette magie s’opère par un passage tacite du mode majeur au mineur, & par le retour subit au majeur. Vous vous en convaincrez aisément sur le Clavecin. Au moment que la Basse, qui sonnoit la dominante avec son accord, vient a frapper l’ut bémol, vous changez non de ton mais de mode, & passez en mi bémol tierce mineure : car non-seulement cet ut, qui est la sixieme note du ton, prend le bémol qui appartient au mode mineur, mais l’accord précédent qu’il garde a la fondamentale près, devient pour lui celui de septieme diminuée sur le re naturel, & l’accord de septieme diminuée sur le re appelle naturellement l’accord parfait mineur sur le mi bémol. Le chant d’Orphée, furie, larve, appartenant également au majeur & au mineur, reste le même dans l’un & dans l’autre ; mais aux mots ombre sdegnose, il détermine tout-a-fait le mode mineur : c’est probablement pour n’avoir pas pris assez tôt l’idée de ce mode, que vous avez eu peine a entonner juste ce trait dans son commencement ; mais il rentre en finissant en majeur ; c’est dans cette nouvelle transition, a la fin du mot sdegnose qu’est le grand effet de ce passage, & vous éprouverez que toute la difficulté de le chanter juste s’évanouit. quand, en quittant le la bémol, on reprend a l’instant l’idée du mode majeur pour entonner le sol naturel qui en est la médiante.

Cette seconde superflue ou septieme diminuée, se suspend en passant alternativement & rapidement du majeur au mineur,