Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/636

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on a eu plus d’égard a la différence du degré qu’a vrai rapport de l’intervalle, comme. s’en convaincra bientôt tout homme qui aura de l’oreille & de la bonne-foi. Et quant au calcul, je vous développerai quelque jour, mais a vous seul une théorie plus naturelle, qui vous sera voir combien celle sur laquelle on a calcule les intervalles est a contre-sens.

Je finirai ces observations par une remarque qu’il ne faut pas omettre ; c’est que tout l’effet du passage que je viens d’examiner lui vient de ce que le morceau dans lequel il se trouve est en mode majeur : car s’il eut été mineur, le chant d’Orphée restant le même eut été sans force & sans effet,’l’intonation, des furies par le bécarre eut été impossible & absurde, & il n’y auroit rien eu d’enharmonique dans le passage. Je parierois tout au monde qu’un François, ayant ce morceau a faire, l’eut traite en mode mineur. Il y auroit pu mettre d’autres beautés, sans-doute, mais aucune qui fut aussi simple & qui valut celle-là.

Voilà ce que ma mémoire a pu me suggérer sur ce passage & sur son explication. Ces grands effets se trouvent par le génie qui est rare, & se sentent par l’organe sensitif, dont tant de gens sont prives ; mais ils ne s’expliquent que par une étude réfléchie de l’art. Vous n’auriez pas besoin maintenant de mes analyses, si vous aviez un peu plus médite sur les réflexions que nous faisions jadis quand je vous dictois notre Dictionnaire. Mais, avec un naturel très-vif, vous avez un esprit d’une lenteur inconcevable. Vous ne saisissez aucune idée que long-tems après qu’elle s’est présentée a vous, & vous ne voyez aujourd’hui que ce que vous avez regarde hier.