Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/104

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pour aider la Mesure à marcher ou leur oreille à la sentir. Substituez des Italiens ou des Allemands, vous n’entendrez pas le moindre bruit & ne verrez pas le moindre geste qui s’accorde avec la Mesure. Seroit-ce peut-être que les Allemands, les Italiens sont moins sensibles à la Mesure que les François ? Il y a tel de mes Lecteurs qui ne se seroit gueres presser pour le dire ; mais, dira-t-il aussi, que les Musiciens les plus habiles sont ceux qui sentent le moins la Mesure ? Il est incontestable que ce sont ceux qui la battent le moins ; & quand, à forcé d’exercice, ils ont acquis l’habitude de la sentir continuellement, ils ne la battent plus du tout ; c’est un fait d’expérience qui est sous les yeux de tout le monde. L’on pourra dire encore que les mêmes gens à qui je reproche de ne battre la Mesure que parce qu’ils ne la sentent pas assez, ne la battent plus dans les Airs où elle n’est point sensible ; & je répondrai que c’est parce qu’alors ils ne la sentent point du tout. Il faut que l’oreille soit frappée au moins d’un foible sentiment de Mesure pour que l’instinct cherche à le renforcer.

Les Anciens, dit M. Burette, battoient la Mesure en plusieurs façons. La plus ordinaire consistoit dans le mouvement du pied qui s’élevoit de terre & la frappoit alternativement, selon la mesure des deux Tems égaux ou inégaux. (Voyez RHYTHME.) C’étoit ordinairement la fonction du Maître de Musique appelle Coryphée, κορνφαιζ, parce qu’il étoit placé au milieu du Chœur des Musiciens & dans une situation élevée pour être plus facilement vu & entendu de toute la troupe. Ces Batteurs de Mesure se nommoient