Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/205

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tems de revenir sur aucune faute, elles sont toutes irréparables : souvent un morceau sublime est estropié, l’exécution est interrompue ou même arrêtée, tout va de travers, partout manque l’ensemble & l’effet, l’Auditeur est & rebuté & l’Auteur déshonoré, par la seule faute du Copiste.

De plus, l’intelligence d’une Musique difficile dépend beaucoup de la maniere dont elle est copiée ; car outre la netteté de la Note, il y a divers moyens de présenter plus clairement au Lecteur les idées qu’on veut lui peindre & qu’il doit rendre. On trouvé souvent la copie d’un homme plus lisible que celle d’un autre qui pourtant note plus agréablement ; c’est que l’un ne veut que plaire aux yeux, & que l’autre est plus attentif aux soins utiles. Le plus habile Copiste est celui dont la Musique s’exécute avec le plus de facilité, sans que le Musicien même devine pourquoi. Tout cela m’a persuadé que ce n’étoit pas faire un Article inutile que d’exposer un peu en détail le devoir & les soins d’un bon Copiste : tout ce qui tend à faciliter l’exécution n’est point indifférent à la perfection d’un Art dont elle est toujours le plus grand écueil. Je sens combien je vais me nuire à moi-même si l’on compare mon travail à mes regles : mais je n’ignore pas que celui qui cherche l’utilité publique doit avoir oublié la sienne. Homme de Lettres, j’ai dit de mon état tout le mal que j’en pense ; je n’ai sait que de la Musique Françoise, & n’aime que l’ltalienne ; j’ai montré toutes les miseres de la Société quand j’étois heureux par elle : mauvais Copiste, j’exposé ici ce que sont les bons. O vérité ! mon intérêt ne fut jamais rien devant toi ; qu’il ne souille en rien le culte que je t’ai voué.