Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/283

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jamais s’écouter ni se répondre ; & quand cette supposition pourroit s’admettre en certains cas, ce ne seroit pas du moins dans la Tragédie, ou cette indécence n’ est convenable ni à la dignité des personnages qu’on y fait parler, ni à l’éducation qu’ on leur suppose. Il n’y a donc que les transports d’une passion violente qui puissent porter deux Interlocuteurs héroïques à s’interrompre l’un & l’autre, à parler tous deux à la sois ; & même, en pareil cas, il est très ridicule que ces discours simultanés soient prolongés de maniere à faire une suite chacun de leur côté.

Le premier moyen de sauver cette absurdité est donc da ne placer les Duo que dans des situations vives & touchantes, ou l’agitation des Interlocuteurs les jette dans une sorte de délire capable de faire oublier aux Spectateurs & à eux-mêmes ces bienféances théâtrales qui renforcent l’ illusion dans les scenes froides, & la détruisent dans la chaleur des passions, Le second moyen est de traiter le plus qu’il est possible le Duo en Dialogue. Ce Dialogue ne doit pas être phrasé & divisé en grandes périodes comme celui du Récitatif, mais formé d’interrogations, de réponses, d’exclamations vives courtes, qui donnent occasion à la Mélodie de passer alternativement & rapidement d’une Partie à l’autre, sans cesser de former une suite que l’oreille puisse saisir. Une troisieme attention est de ne pas prendre indifféremment pour sujets toutes les passions violentes ; mais seulement celles qui sont susceptibles de la Mélodie douce & un peu contrastée convenable au Duo, pour en rendre le chant accentué & l’Harmonie agréable. La fureur, l’emportement marchent trop