Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/284

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vite ; on ne distingue rien, on n’ entend qu’un aboiement confus, & le Duo ne fait point d’effet. D’ailleurs, ce retour perpétuel d’injures, d’insultes conviendroit mieux à des Bouviers qu’à des Héros, & cela ressemble tout-à-fait aux fanfaronades de gens qui veulent se faire plus de peur que de mal. Bien moins encore saut-il employer ces propos doucereux d’appas, de chaînes, de flâmes ; jargon plat & froid que la passion ne connut jamais, & dont la bonne Musique n’a pas plus besoin que la bonne Poésie. L’instant d’une séparation, celui où l’un des deux Amans va à la mort ou dans les bras d’un autre, le retour sincere d’un infidele, le touchant combat d’une mere & d’un fils voulant mourir l’un pour l’autre ; tous ces momens d’affliction où l’on ne laissé pas de verser des larmes délicieuses : voilà les vrais sujets qu’il faut traiter en Duo avec cette simplicité de paroles qui convient au langage du cœur. Tous ceux qui ont fréquenté les Théâtres Lyriques savent combien ce seul mot addio peut exciter d’attendrissement & d’émotion dans tout un Spectacle. Mais si-tôt qu’ un trait d’esprit ou un tour phrasé se laissé appercevoir, à l’instant le charme est détruit, & il faut s’ennuyer ou rire.

Voilà quelques-unes des observations qui regardent le Poète. À l’égard du Musicien, c’ est à lui de trouver un chant convenable au sujet, & distribué de telle sorte que, chacun des Interlocuteurs parlant à son tour, toute la suite du Dialogue ne forme qu’une Mélodie, qui, sans changer de sujet, ou du moins sans altérer le mouvement, passe dans ton progrès d’une Partie à l’autre, sans cesser d’être