Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/312

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Scene, & promenant ainsi le Spectateur d’objet en objet, lui sont oublier l’action principale, perdre l’intérêt, & pour lui donner le plaisir des yeux lui ôtent celui du cœur. Ils commencent pourtant à sentir le default de ce monstrueux assemblage, & après savoir déjà presque chassé les Intermedes des Entr’ actes, sans doute ils ne tarderont pas d’en chasser encore la Danse, & de la réserver, comme il convient, pour en faire un Spectacle brillant & isolé à la fin de la grande Piece.

Mais quoique le Théâtre reste vide dans l’Entr’acte, ce n’est pas à dire que la Musique doive être interrompue ; car à l’Opéra où elle fait une partie de existence des choses, le sens de l’ouïe doit avoir une telle liaison avec celui de la vue, que tant qu’on voit le lieu de la Scene on entende l’Harmonie qui en est supposée inséparable, afin que son concours ne paroisse ensuite étranger ni nouveau sous le chant des Acteurs.

La difficulté qui se présente à ce sujet est de savoir ce que le Musicien doit dicter à l’ Orchestre quand il ne se passe plus rien sur la Scene : car si la Symphonie, ainsi que toute la Musiques Dramatique, n’est qu’une imitation continuelle, que doit-elle dire quand personne ne parle ? Que doit-elle faire quand il n’y a plus d’action ? Je réponds à cela, que, quoique le Théâtre soit vide, le cœur des Spectateurs ne l’est pas ; il a du leur rester une sorte impression de ce qu’ils viennent de voir & d’entendre. C’est à l’ Orchestre à nourrir & soutenir cette impression durant l’Entr’acte, afin que le Spectateur ne se trouvé pas au début de l’Acte suivant, aussi