Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/33

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parole ? D’où il suit que, moins une langue à de pareils Accens, plus la Mélodie y doit être monotone, languissante & fade ; à moins qu’elle ne cherche dans le bruit & la forcé des sons le charme qu’elle ne peut trouver dans leur variété.

Quant à l’Accent pathétique & oratoire, qui est l’objet le plus immédiat de la Musique imitative du théâtre, on ne doit pas opposer à la maxime que je viens d’établir, que tous les hommes étant sujets aux mêmes passions doivent en avoir également le langage : car autre chose est l’Accent universel de la Nature qui arrache à tout homme des cris inarticulés, & autre chose l’Accent de la langue qui engendre la Mélodie particuliere à une Nation. La seule différence du plus ou moins d’imagination & de sensibilité qu’on remarque d’un peuple à l’autre en doit introduire une infinie dans l’idiome accentué, si j’ose parler ainsi. L’Allemand, par exemple, hausse également & fortement la voix dans la colere ; il crie toujours sur le même ton : l’Italien, que mille mouvemens divers agitent rapidement & successivement dans le même cas, modifie sa voix de mille manieres. Le même fond de passion regne dans son ame : mais quelle variété d’expressions dans tes Accens & dans son langage ! Or, c’est à cette seule variété, quand le Musicien sait l’imiter, qu’il doit l’energie & la grace de son chant.

Malheureusement tous ces Accens divers, qui s’accordent parfaitement dans la bouche de l’Orateur, ne sont pas si faciles à concilier sous la plume du Musicien déjà si gêné par les regles particulieres de son Art. On ne peut douter que la Musique la plus parfaite ou du moins la plus expressive, ne