Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/34

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soit celle où tous les Accens sont le plus exactement observés ; mais ce qui rend ce concours si difficile est que trop de regles dans cet Art sont sujettes à se contrarier mutuellement, & se contrarient d’autant plus que la langue est moins musicale ; car nulle ne l’est parfaitement : autrement ceux qui s’en servent chanteroient au lieu de parler.

Cette extrême difficulté de suivre à la sois les regles de tous les Accens oblige donc souvent le Compositeur à donner la préférence à l’une ou à l’autre, selon les divers genres de Musique qu’il traité. Ainsi, les Airs de Danse exigent sur-tout un Accent rhythmique & cadence, dont en chaque Nation le caractere est déterminé par la langue. L’Accent grammatical doit être le premier consulté dans le Récitatif, pour rendre plus sensible l’articulation des mots, sujette à se perdre par la rapidité du débit, dans la résonnance harmonique : mais l’Accent passionne l’emporte à sort tour dans les Airs dramatiques ; & tous deux y sont subordonnés, sur-tout dans la Symphonie, à une troisieme forte d’Accent, qu’on pourroit appeller musical, & qui est en quelque sorte déterminé par l’espece de Mélodie que le Musicien veut appropriera aux paroles.

En effet, le premier & le principal objet de toute Musique est de plaire à l’oreille ; ainsi tout Air doit avoir un chant agréable : voilà la premiere loi, qu’il n’est jamais permis, d’enfreindre. L’on doit donc premièrement consulter la Mélodie & l’Accent musical dans le dessein d’un Air quelconque. Ensuite, s’il est question d’un chant dramatique & imitatif, il faut chercher l’Accent pathétique qui donne au sentiment