Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/510

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l’Artiste qu’au Philosophie, & qu’il faut laisser à une plume faite pour éclairer tous les Arts, pour montrer à ceux qui les professent les principes de leurs regles, & aux hommes de goût les sources de leurs plaisirs.

En me bornant donc, sur ce sujet, à quelques observations plus historiques que raisonnées, je remarquerai d’abord que les Grecs n’avoient pas au Théâtre un genre lyrique ainsi que nous, & que ce qu’ils appelloient de ce nom ne ressembloit point au nôtre : comme ils avoient beaucoup d’accent dans leur Langue & peu de fracas dans leurs Concerts, toute leur Poésie étoit Musicale & toute leur Musique déclamatoire : ce sorte que leur Chant n’étoit presque qu’un discours soutenu, & qu’ils chantoient réellement leurs vers, comme ils l’annoncent à la tête de leurs Poemes ; ce qui par imitation a donne aux Latins, puis à nous, le ridicule usage de dire je chante, quand on ne chante point. Quant à ce qu’ils appelloient genre lyrique en particulier, c’étoit une Poésie héroïque dont le style étoit pompeux & figuré, laquelle s’accompagnoit de la Lyre ou Cithare préférablement à tout autre Instrument. Il est certain que les Tragédies Grecques se récitoient d’une maniere très-semblable au Chant, qu’elles s’accompagnoient d’Instrumens & qu’il y entroit des Chœurs.

Mais si l’on veut pour cela que ce fussent des Opéra semblables aux nôtres, il faut donc imaginer des Opéra sans Airs : car il me paroît prouvé que la Musique Grecque, sans en excepter même l’Instrumentale, n’étoit qu’un véritable Récitatif. Il est vrai que ce Récitatif, qui réunissoit le charme des Sons Musicaux à toute l’Harmonie de la Poésie