Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/620

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c’est-à-dire, jusqu’à ce que nous réformions notre langage ; & que nous lui donnions, à l’exemple des Anciens, la quantité & les Pieds mesurés, en proscrivant pour jamais l’invention barbare de la rime.

Nos vers, dit-il, sont précisément comme s’ils n’avoient qu’un seul Pied : de forte que nous n’avons dans notre Poésie aucun Rhythme véritable, & qu’en fabriquant nos vers nous ne pensons qu’à y faire entrer un certain nombre de syllabes, sans presque nous embarrasser de quelle nature elles sont. Ce n’est surement pas-la de l’étoffe pour la Musique.

Le Rhythme est une partie essentielle de la Musique, & sur-tout de l’imitative. Sans lui la Mélodie n’est rien, & par lui-même il est quelque chose, comme on le sent par l’effet des tambours. Mais d’où vient l’impression que sont sur nous la Mesure & la Cadence ? Quel est le principe par lequel ces retours tantôt égaux & tantôt variés affectent nos ames, & peuvent y porter le sentiment des passions ? Demandez-le au Métaphysicien. Tout ce que nous pouvons dire ici est que, comme la Mélodie tire son caractere des accens de la Langue, le Rhythme tire le sien du caractere de la Prosodie ; & alors il agit comme image de la parole : à quoi nous ajouterons que certaines passions ont dans la nature un caractere rhythmique aussi bien qu’un caractere mélodieux, absolu & indépendant de la Langue ; comme la tristesse, qui marche par Tems égaux & lents, de même que par Tons remisses & bas ; la joie par Tems sautillans & vîtes, de même que par Tons aigus & intenses