Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/70

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Les Grecs avoient plusieurs sortes d’Airs qu’ils appelloient Nomes ou Chansons. (Voyez CHANSONS) Les Nomes avoient chacun leur caractere & leur usage, & plusieurs étoient propres à quelque Instrument particulier, à peu-près comme ce que nous appellons aujourd’hui Pieces ou Sonates.

La Musique moderne à diverses especes d’Airs qui conviennent chacune à quelque espece de Danse dont ces Airs portent le nom. (Voyez MENUET, GAVOTTE, MUSETTE, PASSE-PIED, &c.)

Les Airs de nos Opéra sont, pour ainsi dire, la toile ou le fond sur quoi se peignent les tableaux de la Musique imitative ; la Mélodie est le dessein, l’Harmonie est le coloris ; tous les objets pittoresques de la belle Nature, tous les sentimens réfléchis du cœur humain sont les modeles que l’Artiste imite ; l’attention, l’intérêt, le charme de l’oreille, & l’émotion du cœur, sont la fin de ces imitations. (Voyez IMITATION.) Un Air savant & agréable, un Air trouvé par le Génie & composé par le Goût, est le chef-d’œuvre de la Musique ; c’est-là que se développe une belle voix, que brille une belle Symphonie ; c’est-là que la passion vient insensiblement émouvoir l’ame par le sens. Après un bel Air, on est satisfait, l’oreille ne desire plus rien ; il reste dans l’imagination, on l’emporte avec soi, on le répete à volonté ; sans pouvoir en rendre une seule Note, on l’exécute dans son cerveau tel qu’on l’entendit au spectacle ; on voit la Scene, l’Acteur, le Théâtre ; on entend l’accompagnement, l’applaudissement, le véritable Amateur ne perd jamais les beaux