Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/800

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distribués, aux unes dans le haut, à d’autres dans le Medium, à d’autres dans le bas ; il y a aussi des Voix égales, qui sont sentir le même Timbre dans toute leur étendue. C’est au Compositeur à tirer parti de chaque Voix, par ce que son caractere a de plus avantageux. En Italie, où chaque fois qu’on remet au Théâtre un Opéra, c’est toujours de nouvelle Musique, les Compositeurs ont toujours grand soin d’approprier tous les rolles aux Voix qui les doivent chanter. Mais en France, où la même Musique dure des siecles, il faut que chaque rôle serve toujours à toutes les Voix de même espece, & c’est peut-être une des raisons pourquoi le Chant François, loin d’acquérir aucune perfection, devient de jour en jour plus traînant & plus lourd.

La Voix la plus étendue, la plus flexible, la plus douce, la plus harmonieuse qui peut-être ait jamais existé, paroît avoir été celle du Chevalier Balthasar Ferri, Pérousin, dans le siecle dernier. Chanteur unique & prodigieux, que s’arrachoient tour-à-tout les Souverains de l’Europe, qui fut comblé de biens & d’honneurs durant si vie, & dont toutes les Muses d’Italie célébrerent à l’envi les talens & la gloire après sa mort. Tous les écrits faits à la louange de ce Musicien célebre respirent le ravissement, l’enthousiasme & l’accord de tous ses contemporains montre qu’un talent si parfait & si rare étoit même au-dessus de l’envie. Rien disent-ils, ne peut exprimer l’éclat de sa Voix ni les grave de son Chant ; il avoit, au plus haut degré, tous les caracteres de perfection dans tous les genres ; il étoit gai, fier grave, tendre à sa volonté, & les cœurs se fondoient à son