Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/102

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92 INTRODUCTION

dénonçaient Rousseau comme le défenseur de la tyran- nie, « le grand anarchiste de l'humanité » (*) « le tribun des sentiments justes et des idées fausses ( 2 )»- Lamartine écrivait : « Le Contrat social est le livre fondamental de la Révolution française. C'est sur cette pierre, pulvérisée d'avance, qu'elle s'est écroulée de sophismes : que pouvait-on édifier de durable sur tant de mensonges ?.... » ( 3 ). On oubliait ou on ne voulait pas voir l'effort tenté par Rousseau pour concilier la liberté et l'autorité et l'on n'examinait pas si la démo- cratie pouvait vraiment reposer sur un autre principe que celui de la souveraineté populaire.

Mais, tandis que Rousseau était ainsi méconnu et combattu par les modérés, doctrinaires et libéraux, ses

guant sa puissance à quelques-uns, et que, dès lors, tous les attributs préservateurs que Rousseau reconnaissait au souverain disparaissent. « L'action qui se fait au nom de tous étant néces- sairement, degié ou de force, à la disposition d'un seul ou de quelques-uns, il arrive qu'en se donnant à tous il n'est pas vrai qu'on ne se donne à personne : on se donne au contraire à ceux qui agissent au nom de tous. » Donc, la condition n'est pas égale pour tous ; tous n'acquièrent pas autant de droits qu'ils en cèdent, car « le résultat de ce qu'ils sacrifient est ou peut être l'établissement d'une force qui leur enlève ce qu'ils ont. » Aussi Rousseau, effrayé de ces conséquences, a déclaré que la souve- raineté ne peut être ni aliénée, ni déléguée, ni représentée : c'est dire qu'elle ne peut être exercée. — Je renvoie, pour la discussion de ces idées, au chap. I, § 6, de cette introduction : Benjamin Constant me parait oublier que la volonté générale s'exprime précisément par la loi, et que, selon Rousseau, a ceux qui agissent au nom de tous » n'ont d'autre puissance que celle qui leur est conférée, dans la mesure strictement nécessaire, par la loi elle-même.

( 1 ) Lamartine, J.-J. Rousseau, son faux Contrat social et le vrai Contrat social (1866), p. 125. — Dans cet ouvrage passionné où Lamartine expose une extraordinaire politique « spiiïtualiste » et mystique (voir surtout M* partie), quelques principes du Contrat sont discutés avec détail (2 e partie), mais ni l'esprit ni\ parfois le sens littéral n'en sont compris par Lamartine.

( 2 ) lbid. t p. 15.

( 3 ) ibid., p. 93.

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