Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/143

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LIVRE PREMIER l33

envers autrui, en ce qui ne déroge point à ce contrat ; car, à l'égard de l'étranger, il devient un être simple, un individu.

Mais le corps politique ou le souverain, ne tirant son être que de la sainteté (*) du contrat, ne peut jamais s'obliger, même envers autrui, à rien qui déroge à cet acte primitif, comme d'aliéner quelque portion de lui-même, ou de se soumettre à un autre souverain. Violer l'acte par lequel il existe serait s'anéantir; et ce qui n'est rien ne produit rien (*).

Sitôt que cette multitude est ainsi réunie en un corps, on ne peut offenser un des membres sans attaquer le corps, encore moins offenser le corps sans que les membres s'en ressentent. Ainsi le devoir et l'intérêt obligent également les deux parties contrac- tantes à sentr'aider mutuellement; et les mêmes hommes doivent chercher à réunir sous ce double rapport tous les avantages qui en dépendent.

Or, le souverain, n'étant formé que des parti- culiers qui le composent, n'a ni ne peut avoir d'intérêt contraire au leur ; par conséquent la puissance souveraine n'a nul besoin de garant envers les sujets, parce qu'il est impossible que le corps veuille nuire à tous ses membres ; et nous verrons ci-après qu'il ne peut nuire à aucun en particulier. Le souverain, par cela seul qu'il est, est toujours tout ce qu'il doit être ( 3 ).

(*) C'est-à-dire, de son caractère obligatoire et impératif.

( 2 ) Le contrat social seul donne l'existence à un peuple. Si donc ce contrat cesse d'être respeeté, pour quelque autre raisonr que la volonté des contractants, le peuple cesse d'exister en tant que peuple.

( 3 ) Ces idées seront développées et discutées dans les premiers chapitres du Livre II.

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