Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/192

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1&2 DU CONTRAT SOCIAL

CHAPITRE IX

DU PEUPLE SUITE

Gomme la nattfre a donné des termes à la stature d'un homme bien conformé, passé lesquels elle ne fait plus que des géants ou des nains, il y a de même, eu égard à la meilleure constitution d'un Etat, des bornes à l'étendue qu'il peut avoir, afin qu'il ne soit ni trop grand pour pouvoir être bien gouverné, ni trop petit pour pouvoir se maintenir par lui-même (*). Il y a dans tout corps politique un maximum de force qu'il ne saurait passer, et duquel souvent il s'éloigne à force de s'agrandir. Plus le lien social s'étend, plus il se relâche ; et, en général, un petit État est propor- tionnellement plus fort qu'un grand.

Mille raisons démontrent cette maxime. Premiè- rement, l'administration devient plus pénible dans les grandes distances, comme un poids devient plus lourd au bout d'un plus grand levier. Elle devient aussi plus onéreuse à mesure que les degrés se mul- tiplient : car chaque ville a d'abord la sienne, que le peuple paye ; chaque district la sienne, encore payée par le peuple ; ensuite chaque province, puis les grands gouvernements, les satrapies, les vice-royau- tés, qu'il faut toujours payer plus cher à mesure qu'on monte, ef toujours aux dépens du malheureux

( 4 ) Ces vues se trouvent déjà dans la Politique d'Aristote et dans V Esprit des Lois de Montesquieu.

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