Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/193

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LIVRE DEUXIÈME l83

peuple ; enlin vient l'administration suprême, qui écrase tout. Tant de surcharges épuisent continuelle- ment les sujets : loin d'être mieux gouvernés par tous ces différents ordres, ils le sont moins bien que s'il n'y en avait qu'un seul au-dessus d'eux. Cependant à peine reste-t-il des ressources pour les cas extra- ordinaires ; et, quand il y faut recourir, l'Etat est toujours à la veille de sa ruine.

Ce n'est pas tout : non-seulement le gouverne- ment a moins de vigueur et de célérité pour faire observer les lois, empêcher les vexations, corriger les abus, prévenir les entreprises séditieuses qui peuvent se faire dans des lieux éloignés ; mais le peuple a moins d'affection pour ses chefs, qu'il ne voit jamais, pour la patrie, qui est à ses yeux comme le monde, et pour ses concitoyens, dont la plupart lui sont étrangers. Les mêmes lois ne peuvent con- venir à tant de provinces diverses qui ont des mœurs différentes, qui vivent sous des climats opposés, et qui ne peuvent souffrir la même forme de gouverne- ment. Des lois différentes n'engendrent que trouble et confusion parini des peuples qui, vivant sous les mêmes chefs et dans une communication continuelle, passent ou se marient les uns chez les autres, et, soumis à d'autres coutumes, ne savent jamais si leur patrimoine est bien à eux (*). Les talents sont enfouis, les vertus ignorées, les vices impunis, dans

( ] ) Rousseau ne condamne pas ici l'idée d'États fédératifs, dont nous verrons qu'il est au contraire partisan ; mais un peuple unique ne peut s'accommoder de lois diverses pour ses différentes parties ; il vaut mieux que celles-ci soient vraiment autonomes et forment chacune un État distinct, quittera ce que ces États se fédèrent pour se défendre.

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