Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/203

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LIVRE DEUXIÈME ip/5

Mais ces objets généraux de toute bonne institu- tion doivent être modifiés en chaque pays par les rapports qui naissent tant de la situation locale que du caractère des habitants ; et c'est sur ces rapports qu'il faut assigner à chaque peuple un système par- ticulier d'institution, qui soit le meilleur, non peut- être en lui-même, mais pour l'État auquel il est destiné. Par exemple, le sol est-il ingrat et stérile, ou le pays trop serré pour les habitants ? tournez- vous du côté de l'industrie et des arts, dont vous échangerez les productions contre les denrées qui vous manquent. Au contraire, occupez-vous de riches plaines et des coteaux fertiles ? dans un bon terrain, manquez- vous d'habitants ? donnez tous vos soins à l'agriculture, qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui ne feraient qu'achever de dépeupler le pays, en attroupant sur quelques points du territoire le peu d'habitants qu'il a (a). Occupez-vous des rivages étendus et commodes? couvrez la mer de vaisseaux, cultivez le commerce et la navigation ; vous aurez une existence brillante et courte. La mer ne baigne-t-elle sur vos côtes que des rochers presque inaccessibles ? restez barbares et ichthyophages (*) ; vous en vivrez plus tran- quilles, meilleurs peut-être, et sûrement plus heu- reux. En un mot, outre les maximes communes à tous, chaque peuple renferme en lui quelque cause

(a) Quelque branche de commerce, extérieur, dit M. d'Ar- genson, ne répand guère qu'une fausse utilité pour un royaume en général : elle peut enrichir quelques particuliers, même quelques villes ; mais la nation entière n'y gagne rien et le peuple n'en est pas mieux (Note de Rousseau).

(*) Qui se nourrit de poisson.

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