Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/224

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2l4 DU CONTRAT SOCIAL

chaque citoyen pris à part n'a aucune fonction de la souveraineté. D'ailleurs, plus l'Etat s'étend, plus sa force réelle augmente, quoiqu'elle n'augmente pas en raison de son étendue ; mais l'Etat restant le même, les magistrats ont beau se multiplier, le gou- vernement n'en acquiert pas une plus grande force réelle, parce que cette force est celle de l'Etat, dont la mesure est toujours égale. Ainsi, la force relative ou l'activité du gouvernement diminue, sans que sa force absolue ou réelle puisse augmenter.

Il est sûr encore que l'expédition des affaires devient plus lente à mesure que plus de gens en sont chargés ; qu'en donnant trop à ta prudence on ne donne pas assez à la fortune ; qu'on laisse échapper l'occasion, et qu'à force de délibérer on perd sou- vent le fruit de la délibération.

Je viens de prouver que le gouvernement se relâche à mesure que les magistrats se multiplient ; et j'ai prouvé ci-devant que plus le peuple est nom- breux, plus la force réprimante doit augmenter. D'où il suit que le rapport des magistrats au gou- vernement doit être inverse du rapport des sujets au souverain ; c'est-à-dire que, plus l'Etat s'agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer ; tellement que le nombre des chefs diminue en raison de l'augmentation du peuple ( 1 ).

Au reste, je ne parle ici que de la force relative du gouvernement, et non de sa rectitude (*) : car,

f 1 ) II* ne s'agit toujours que des chefs suprêmes.

( 2 ) Restriction fort importante : il ne faut pas seule- ment considérer le degré d'activité des magistrats, mais aussi s'assurer qu'ils exercent bien leur puissance confor- mément à la volonté générale. En cela consiste la rectitude de leur volonté.

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