Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/248

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•2'5'S DU CONTRAT SOCIAL

grand poids. La monarchie ne convient donc qu'aux nations opulentes ; l'aristocratie, aux Etats médio- cres en richesse ainsi qu'en grandeur ; la démo- cratie, aux Etats petits et pauvres.

En effet, plus on y réfléchit, plus on trouve en ceci de différence entre les Etats libres et les monar- chiques : dans les premiers, tout s'emploie à l'utilité commune; dans les autres, les forces publiques et particulières sont réciproques, et l'une s'augmente par l'affaiblissement de l'autre (*) ; enfin, au lieu de gouverner les sujets pour les rendre heureux, le despotisme les rend misérables pour les gouverner.

Voilà donc, dans chaque climat, des causes natu- relles sur lesquelles on peut assigner la forme de gouvernement à laquelle la force du climat l'entraîne, et dire même quelle espèce d'habitants il doit avoir.

Les lieux ingrats et stériles, où le produit ne vaut pas le travail, doivent rester incultes et déserts, ou seulement peuplés de sauvages ; les lieux où le tra- vail des hommes ne rend exactement que le nécessaire doivent être habités par des peuples barbares ; toute politie ( 2 ) y serait impossible ; les lieux où l'excès du produit sur le travail est médiocre conviennent aux peuples libres ; ceux où le terroir abondant et fertile donne beaucoup de produit pour peu de travail veulent être gouvernés monarchiquement, pour consumer par le luxe du prince l'excès du

(*) Les « forces publiques », confiées au prince, se trouvent en opposition avec les « forces particulières » des individus, si le prince fait servir les premières à son intérêt personnel. Dès lors, ce que l'un gagne, l'autre le perd et réciproque- ment.

( 2 ) Voir p. 120, note 1.

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