Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/283

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LIVRE TROISIÈME 2^3

silence qu'il empêche de rompre, ou des irrégularités qu'il fait commettre, pour supposer en sa faveur l'aveu de ceux que la crainte fait taire, et pour punir ceux qui osent parler. C'est ainsi que les décemvirs, ayant d'abord été élus pour un an, puis continués pour une autre année, tentèrent de retenir à perpé- tuité leur pouvoir en ne permettant plus aux comices de s'assembler : et c'est par ce facile moyen que tous les gouvernements du monde, une fois revêtus de la force publique, usurpent tôt ou tard l'autorité sou- veraine.

Les assemblées périodiques dont j'ai parlé ci- devant (*) sont propres à prévenir ou différer ce malheur, surtout quand elles n'ont pas besoin de convocation formelle ; car alors le prince ne saurait les empêcher sans se déclarer ouvertement infrac- teur des lois et ennemi de l'Etat.

L'ouverture de ces assemblées, qui n'ont pour objet que le maintien du traité social, doit tou- jours se faire par deux propositions qu'on ne puisse jamais supprimer et qui passent séparément par les suffrages. ,

La première : « S'il plaît au souverain de conser- ver la présente forme de gouvernement. »

La seconde : « S'il plaît au peuple d'en laisser l'administration à ceux qui en sont actuellement chargés. »

Je suppose ici ce que je crois avoir démontré, savoir, qu'il n'y a dans l'Etat aucune loi fondamen- tale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social (*) ; car si tous les citoyens s'assemblaient

I 1 ) III, XIII. ( 2 ) I, VII.

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