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282 DU CONTRAT SOCIAL

ou non à la volonté générale, qui est la leur (*) ; chacun, en donnant son suffrage, dit son avis là-dessus, et du calcul des voix se tire la déclaration de la volonté générale. Quand donc l'avis contraire au mien l'emporte, cela ne prouve autre chose sinon que je m'étais trompé, et que ce que j'estimais être la volonté générale ne l'était pas. Si mon avis particulier l'eût emporté, j'aurais fait autre chose que ce que j'avais voulu ; c'est alors que je n'aurais pas été libre ( 2 ).

Ceci suppose, il est vrai, que tous les caractères de la volonté générale sont encore dans la plu- ralité ( 3 ); quand ils cessent d'y être, quelque parti qu'on prenne, il n'y a plus de liberté.

En montrant ci-devant ( 4 ) comme on substituait des volontés particulières à la volonté générale dans les délibérations publiques, j'ai suffisamment indiqué les moyens praticables de prévenir cet abus; j'en parlerai encore ci-après ( 5 ). A l'égard du nombre

( 1 ) Se reporter aux premiers chapitres du Liv. II, où la volonté générale est définie et analysée, surtout chap. 111 et iv.

( 2 ) Car je voulais (par définition) faire ce qui me semblait conforme à l'intérêt général. Or le peuple consulté a émis un avis différent. C'est donc que je me trompais, car la volonté générale est infaillible (II, m). Je n'aurais donc pas eu la liberté morale, puisque mon intelligence était aveuglée par des préjugés et dirigeait mal ma conduite.

( 3 ) C'est-à-dire que la majorité des citoyens ne se laisse guider que par le souci de l'intérêt général. Si des partis ou des brigues faussent l'expression spontanée de la volonté générale, les conditions nécessaires au maintien de la liberté n'existent plus.

( 4 ) Notamment, II, in.

( 5 ) IV, m et iv.

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