Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/296

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286 DU CONTRAT SOCIAL

y est peuple elle-même. Une multitude de pauvres Barnabotes (') n'approcha jamais d'aucune magis- trature, et n'a de sa noblesse que le vain titre d'ex- cellence et le droit d'assister au grand Conseil. Ce grand Conseil étant aussi nombreux que notre Con- seil général à Genève ( 2 ), ses illustres membres n'ont pas plus de privilèges que nos simples citoyens. Il est certain qu'ôtant l'extrême disparité des deux républiques, la bourgeoisie de Genève représente exactement le patriciat vénitien ; nos natifs et habi- tants représentent les citadins et le peuple de Venise; nos paysans représentent les sujets de terre ferme ; enfin, de quelque manière que l'on considère cette république, abstraction faite de sa grandeur, son gouvernement n'est pas plus aristocratique que le nôtre. Toute la différence est que, n'ayant aucun chef à vie, nous n'avons pas le même besoin du sort.

Les élections par le sort auraient peu d'incon- vénients dans une véritable démocratie, où, tout étant égal aussi bien par les mœurs et par les talents que par les maximes et par la fortune, le choix devien- drait presque indifférent. Mais j'ai déjà dit qu'il n'y avait point de véritable démocratie.

Quand le choix et le sort se trouvent mêlés, le premier doit remplir les places qui demandent des talents propres, telles qu£ les emplois militaires ;

(*) Je n'ai pu trouver l'explication précise de ce terme. Voltaire reproche à Rousseau {Idées républicaines, xxxv, éd. Garnier, t. 24, P« 4 21 ) d'avoir appliqué aux nobles Véni- tiens « le terme méprisant de barnabotes », mais il ne l'ex- plique pas davantage.

( 2 ) Le conseil général de Genève, qui comprenait tous les citoyens et bourgeois, n'a jamais, au xvm c siècle, compté plus de 1600 membres.

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