Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/305

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même des soldats dans les besoins pressants. Pour ceux qui n’avaient rien du tout et qu’on ne pouvait dénombrer que par leurs têtes [1], ils étaient regardés comme nuls, et Marius fut le premier qui daigna les enrôler.

Sans décider ici si ce troisième dénombrement était bon ou mauvais en lui-même, je crois pouvoir affirmer qu’il n’y avait que les mœurs simples des premiers Romains, leur désintéressement, leur goût pour l’agriculture, leur mépris pour le commerce et pour l’ardeur du gain, qui pussent le rendre praticable. Où est le peuple moderne chez lequel la dévorante avidité, l’esprit inquiet, l’intrigue, les déplacements continuels, les perpétuelles révolutions des fortunes, pussent laisser durer vingt ans un pareil établissement sans bouleverser tout l’État ? Il faut même bien remarquer que les mœurs et la censure, plus fortes que cette institution, en corrigèrent le vice à Rome, et que tel riche se vit relégué dans la classe des pauvres pour avoir trop étalé sa richesse.

De tout ceci l’on peut comprendre aisément pourquoi il n’est presque jamais fait mention que de cinq classes, quoiqu’il y en eût réellement six. La sixième, ne fournissant ni soldats à l’armée, ni votants au champ de Mars [2], et n’étant presque d’aucun usage

  1. C’est la traduction des mots « capite censi ».
  2. (a) Je dis au champ de Mars, parce que c’était là que s’assemblaient les comices par centuries : dans les deux autres formes, le peuple s’assemblait au Forum ou ailleurs, et alors les capite censi avaient autant d’influence et d’autorité que les premiers citoyens. (Note de Rousseau) (*).

    (*) Cependant les plébéiens n’avaient sans doute pas accès aux comices curiates, et on a vu que l’influence des prolétaires dans les assemblées par tribus ne s’est établie qu’à la longue.