Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/304

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^94 1>U CONTRAT SOCIAL

Afin que le peuple pénétrât moins les consé- quences de cette dernière forme, Servius ailecta de lui donner un air militaire (') : il inséra dans la seconde classe deux centuries d'armuriers et deux d'instruments de guerre dans la quatrième ; dans chaque classe, excepté la dernière, il distingua les jeunes et les vieux, c'est-à-dire ceux qui étaient obligés de porter les armes et ceux que leur âge en exceptait par les lois ; distinction qui, plus que celle des biens, produisit la nécessité de recommencer souvent le cens ou dénombrement; enfin, il voulut que l'assemblée se tint au champ de Mars, et que tous ceux qui étaient en âge de servir y vinssent avec leurs armes.

La raison pour laquelle il ne suivit pas, dans la dernière classe, cette même division des jeunes et des vieux, c'est qu'on n'accordait point à la populace, dont elle était composée, l'honneur de porter les armes pour la patrie ; il fallait avoir des foyers pour obtenir le droit de les défendre ; et de ces innom- brables troupes de gueux dont brillent aujourd'hui les armées des rois, il n'y en a pas un peut-être qui n'eût été chassé avec dédain d'une cohorte romaine, quand les soldats étaient les défenseurs de la liberté.

On distingua pourtant encore, dans la dernière classe, les prolétaires de ceux qu'on appelait capite censi. Les premiers, non tout à fait réduits à rien, donnaient au moins des citoyens à l'Etat, quelquefois

(*) Ce ne fut pas sans doute une affectation, mais une préoccupation très réelle. L'organisation militaire a en grande- partie déterminé la réforme de Servius. Mais il est vrai que cette réforme a eu ensuite de très grandes consé- quences politiques.

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