Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/75

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de Locke (*) est la plus manifeste et cette hypothèse est du moins corroborée par la déclaration même de Rousseau. Mais le problème historique — ainsi posé — me paraît insoluble et d’ailleurs sans intérêt véritable.

En effet, toutes ces théories politiques que nous retrouvons dans le Contrat et que l’on voudrait pouvoir rapporter chacune à son premier auteur, étaient progressivement devenues courantes, et pour ainsi dire classiques, parmi les politiques, depuis la Renaissance et la Réforme. M. Otto Gierke a notamment très bien montré (-) comment l’idée du pacte ou du contrat social avait été peu à peu adoptée par tous les politiques libéraux et avait servi en quelque sorte de véhicule aux idées démocratiques" : on la retrouve presque à chaque page chez tous les prédécesseurs de Rousseau. Bossuet lui-même, qui la combat chez Jurieu, lui fait pourtant une certaine place ( 3 ). Toute la fin du xvn c siècle avait été occupée par la grande polémique politique que suscita dans l’Europe entière la double révolution d’Angleterre, surtout celle de 1688 : c’est l’avènement de Guillaume d’Orange qui mit aux prises Bossuet et Jurieu, et la politique des Stuarts a préoccupé Hobbes et Locke. Alors tous les principes politiques antérieurement posés s’étaient -trouvés précisés, fortifiés, vulgarisés et avaient abouti à quelques systèmes nettement tranchés. Notamment, il s’était formé une sorte de politique protestante classique, qu’on retrouve presque identique dans les ouvrages de Jurieu, en 1689, et de Locke en 1690, plus tard dans ceux de Burlamaqui, et où les principales théories du Contrat se trouvent déjà énon-

(M J. Locke, Two treatises of government, etc. (1690) ; sur sa politique, voir surtout l’excellent chapitre de M. Paul Janet, ouvr. cité, IV, 11.

( 2 ) Gierke, Althusius, II, 11, 2, p. 105 et suiv.

( 3 ) 5" Avertissement aux protestants.